15 mai 2007

Interview de Jean-Pierre Danel pour le magazine Guitar Live - Avril 2007

maldives__25__lightInterview de Jean-Pierre Danel pour "Guitar Live" (avril 2007)

Comment a débuté l'aventure Guitar Connection et quelles étaient tes ambitions initiales?


Le projet Guitar Connection a débuté quand Sony, chez qui j'ai sorti
plusieurs centaines de disques que j'ai produit depuis la fin des années 80,
m'a demandé de leur proposer un album concept un peu original. J'ai pensé à
un disque de guitare, par simple plaisir personnel. Ils savaient que j'avais
fait plusieurs dizaines d'albums instrumentaux à l'étranger depuis des
années, et que j'avais reçu des prix aux USA, alors j'étais crédible à leurs
yeux dans ce type de concept. J'ai proposé de faire un album + un dvd, qui
était un making of au départ, auquel j'ai ajouté la possibilité de montrer
aux gens comment jouer les titres de l'album. Le projet a finalement séduit
certaines personnes chez Sony, et pas du tout certaines autres. Il a été
reporté plusieurs fois et la sortie retardée de plusieurs mois. Finalement,
je crois que les succès obtenus par mes autres productions dans la maison
ont fini par les faire flancher et accepter le projet, mais en y allant sur
la pointe des pieds. Les objectifs de ventes étaient au départ tous petits,
car le département commercial ne voyait pas comment vendre de la guitare
instrumentale. Ils se sont vite ravisés et ont remis des disques dans les
magasins...


Le premier volet a eu beaucoup de succès: ça t'a surpris? Pour ce genre d'albums, un tel succès était véritablement une première!


C'est un peu gênant pour moi de le dire, mais il est vrai que, archives
consultées, aucun disque de guitare instrumentale n'avait jamais été N°1 des
ventes en France. Celui-là l'est resté pendant deux semaines en juillet-août
2006 - à la surprise générale ! - puis a passé encore 3 semaines au N°2, et
5 mois dans les charts. Nous avons vendu 160 000 exemplaires à ce jour, ce
qui est considérable étant donné le niveau devenu catastrophiquement bas du
marché du disque. Ce fut une des meilleures ventes de l'année en France, la
cinquième je crois, derrière Diam's, Voulzy et quelques autres. A la remise
du disque d'or, le PDG de Sony s'est excusé d'avoir refusé plusieurs fois le
projet, et m'a demandé comment j'avais fait... J'avoue que j'ai moi aussi
été surpris par ces ventes, mais j'avais expliqué à Sony que, étant donné
que les fans de guitare instrumentale n'avaient eu aucun disque nouveau à se
mettre sous la dent depuis 20 ans au moins, ils risquaient de vouloir
acheter celui-là...


Tu penses faire de Guitar Connection une franchise à multiples opus?

Non, je ne crois pas. Le volume 2 est actuellement N°8 des ventes, ce qui
est un succès bien entendu, mais je ne sais pas si le répertoire possible à
explorer dans le cadre, somme toute assez limité de ce concept, me permettra
de faire beaucoup de disques supplémentaires sans risquer de tomber dans un
projet dont l'aspect commercial irait à l'encontre de mon idée de départ...
J'ai proposé à Sony un volume 3 qui serait chanté, car je ne veux pas faire
trop de reprises instrumentales de titres qui furent originellement vocaux.
Je vais éviter de faire de la musique d'ascenseur ... Je préfère rester sur
un succès public et critique, et passer à autre chose. Mon parcours de
producteur m'apporte beaucoup de plaisir aussi et mon ego n'est heureusement
pas en manque quand c'est un autre artiste que moi qui est sur le devant de
la scène.

Tu incorpores beaucoup de styles musicaux différents dans le choix des titres. s-tu une préférence personnelle pour un style en particulier?

J'ai la chance d'aimer beaucoup de styles musicaux différents, et d'avoir
produit de tout également, y compris du classique et du jazz, ou des disques
pour enfant, des albums Buddha Bar et Barrio Latino, de la dance, de la pop,
de la variété, et des compilations très commerciales, dont je ne rougis
aucunement, car il en existe de bonnes, et qu'elles permettent de financer
des projets plus audacieux. Dans ma voiture, en ce moment, j'ai Lenny
Kravitz, Polnareff, McCartney, Yes, Charles Trénet, Peter Gabriel, Weezer,
bref, plutôt pop-rock, et plutôt classique. On vieillit !! Les Beatles
restent un must sans doute définitif. Concernant la guitare à proprement
parler, j'avoue que les grands classiques me parlent davantage car j'aime
les gens qui ont su créer un style. Clapton, les Shadows, Gilmour, Jeff
Beck, Hendrix, Knopfler, sont de bons exemples. Dans le vieux blues et le
jazz, on trouve des gens remarquables évidemment. J'admire le talent de Vaï
ou Satriani, mais leur musique m'émeut moins. Plus récemment, j'ai apprécié
Derek Trucks, mais il joue lui aussi dans un style assez classique...

Qu'est-ce qui fait un bon morceau à la guitare?

Je serais ravi que tu me le dises !! Je n'en sais rien. Le plaisir qu'on a à
écouter cette musique est très subjectif, et varie beaucoup aussi selon que
l'on pratique l'instrument ou non. Des guitaristes vont être intéressés par
certains aspects techniques ou novateurs par exemple, alors que le public
lambda s'en contre fiche le plus souvent. Je crois qu'un son original, et un
riff qui soit à la fois évident mais pas téléphoné pour autant, sont une
base sur laquelle on peut aller très loin. Les grands classiques sont ceux
qui ont marqué un tournant. Guitar Boogie ou Apache ont fait changer
universellement la guitare moderne à leur époque. Ca reste possible, mais
c'est plus complexe aujourd'hui, car beaucoup de choses ont été faites et
que la musique actuelle n'est généralement pas seulement orientée sur la
guitare.

Si tu devais faire une compilation Guitar Connection avec seulement des morceaux de l'année 2006, que choisirais-tu?

2006, c'est un peu limitatif. Mais on trouve dans ces dernières années des
titres qui font une belle place à la guitare. Guitar Connection a pour
principe d'inclure des standards grand public, supposés être connus de tous.
Alors dans le répertoire des années 2000, on pourrait piocher, en étant
large et si possible ouvert d'esprit, chez Franz Ferdinand, Placebo,
Colplay, Maroon 5, Blur, Oasis ou, en France, M. Beaucoup d'autres choses
aussi bien entendu. J'évite volontairement les choses qui ne concernent que
les guitaristes purs et durs, pour aller chercher une palette plus vaste,
qui parle à tout le monde. De toutes façons, il n'y a pas eu de succès
instrumental à la guitare depuis des lustres.

Outre tes activités de guitariste, tu es également écrivain. A ce titre, tu vas sortir une biographie sur Sacha Guitry dans quelques mois. Peux-tu nous en dire plus là-dessus?

Ecrivain est un grand mot... Mais j'ai toujours adoré Sacha Guitry, son sens
éclatant de la formule, ses dons multiples et ses innovations incroyables.
On oublie souvent, qu'en dehors du théâtre dont il fut le roi international
pendant la première moitié du 20ème siècle, il a inventé mille choses au
cinéma : la voix off, tourner à plusieurs caméras, placer une caméra sur le
capot d'une voiture, des essais de post synchro dès 1915, le mélange de
séquences filmées et de théâtre live dans un même spectacle, l'interaction
avec le public dans la salle... Bref, cet homme était surdoué - il a dicté 7
pièces à sa secrétaire en une après midi tout en jouant au billard, et elles
furent toutes jouées à la rentrée suivante, avec succès ! Il a aussi eu une
vie personnelle très romanesque, une réussite hallucinante et, bien entendu,
des jalousies à la hauteur... Un bon sujet de livre, donc. J'ai le bonheur
d'avoir des manuscrits originaux de lui, et c'est brillantissime...

Comment se lance-t-on dans l'écriture quand on est un guitariste reconnu internationalement?

On se lance tout seul dans son coin ! J'ai eu la chance que mon projet
séduise Le Marque Page - un des départements du Seuil - et ils ont choisi de
le sortir. Aucun rapport avec mes activités musicales. J'en avais fait deux
autres avant, dont un sur les Fender Stratocaster, ce qui sonne moins
intellectuel ! C'est un bonheur, l'écriture. Les contraintes sont bien plus
minces que dans la musique... Mais il reste des points communs. Il y a des
auteurs assassinés par la critique, et adulés par le public. Bernard Werber
par exemple me dit souvent qu'il est fatigué de ça, de ce lynchage de
principe. Je lui ai dit "ne t'en fait pas, tu seras dans le dictionnaire aux
côtés de Jules Verne, lui aussi snobé par la critique, mais reconnu dans le
monde entier, et finalement salué aujourd'hui par les littéraires". Il a été
ravi, car nous sommes tous les deux de grands admirateurs de Verne...

Quels sont tes autres projets cette année?

Je ne prévois pas les choses très longtemps à l'avance... Musicalement, ils
sont peu nombreux, car les maisons de disques pleurent sur l'état du marché
du disque et tout ce qu'elles n'ont pas su anticiper, ce qui fait que même
si on produisait de belles choses, la plupart ne seraient même pas
commercialisées ou promotionnées. Je prends du temps pour développer la
carrière d'un nouvel humoriste, Patrick Veisselier. J'avais produit la
dernière vidéo d'Elie Kakou, au Cirque d'Hiver, et j'avais adoré ça. Patrick
a fait l'Olympia en avril, puis le gymnase cet automne, et je produis divers
programmes vidéos pour lui, sur scène mais pas seulement. Ca me plait
beaucoup. Je vais prendre quelques vacances aussi ! Côté musique, mes Strats
ne me quittent pas. Je prépare en dilettante un dvd sur la Fender
Stratocaster, basé sur ma collection, qui fera l'objet d'un partenariat avec
Fender, qui me soutient beaucoup. Peut-être y aura-t-il un Guitar Connection
3, et sinon, je ferai sûrement un nouvel album un de ces jours. Je ne sais
pas encore, j'ai beaucoup d'autres choses en route. J'ai une relative
liberté dans mon travail, j'en profite du mieux que je peux !

Propos recueillis par Nicolas Didier

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